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Gonçalo M. Tavares - Un Voyage en Inde (Viviane Hamy, 2012 - trad. Dominique Nédellec du portugais)
publié le 21 novembre 2012
Quand la langue n’est pas performative ou magique - elle ne l’est pratiquement jamais à vrai dire -, elle ne cesse de faire semblant : elle voudrait recouvrir le réel, elle voudrait former de la matière, poser de l’épaisseur et de la densité. Et ce serait pas ça la poésie, par hasard ? C’est pas ça la littérature, au fond ? Un merveilleux coup de poker. Du bluff. La littérature : une pratique du clin d’œil... Alors, Gonçalo M. Tavares prend l’animal sacré par la corne et tente un truc qui n’est plus (...)
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Tommaso Landolfi - Sinon la réalité (Bourgois, 2006 - trad. Monique Baccelli)
publié le 6 septembre 2012
Il y a environ 35 ans*, Jean-Noël Schifano rageait de voir le peu d’intérêt que ses compatriotes avaient, jusque dans les années soixante, pour le « domaine italien ». Les italianistes d’avant et d’alors, dont le champ d’étude s’arrêtait en général aux abords du XXe siècle, ne juraient que par la sainte trinité Dante, Pétrarque et Boccace, ainsi que les latins. Pour son plus grand enthousiasme, les décennies 60 & 70 ont apporté en France la découverte de la littérature contemporaine italienne, (...)
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Hubert Voignier - Les Hautes Herbes (Cheyne, 2012)
publié le 1er mars 2012
La grande Touffe d’Herbe d’Albrecht Dürer (1503) La déambulation par ces Hautes Herbes est ce qui peut arriver de plus joyeux, de plus réconfortant et de plus revivifiant après cet âpre et glacial hiver. En même temps que sourd l’évocation d’une nature parcimonieuse et multiple, dont la représentation herbacée après un dégel est la part humble et minuscule du cycle cosmique, il y a le développement rampant et minutieux d’une langue qui essaime autant de grains fertiles sur le champ de la feuille que (...)
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Horacio Castellanos Moya - La sirvienta y el luchador (Tusquets, 2011)
publié le 14 février 2012
Ça commence comme un polar, ça passe par un drame familial et ça aboutit à une tragédie nationale, tout cela pour tirer le trait principal d’une humanité au visage bien amoché : la violence comme fondement et conclusion. Le dernier roman de Horacio Castellanos Moya, paru il y a presque un an chez Tusquets (non encore traduit), vient s’ajouter à une œuvre comportant une dizaine de romans, dont le cadre et l’objet récurrent est l’Amérique Centrale et son histoire tragique et maladive : dictatures, (...)
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Jean-Marc Lovay - Chute d’un bourdon (Zoé, 2012)
publié le 31 janvier 2012
On entre dans les livres de Jean-Marc Lovay comme dans une eau profonde et dense. C’est une lecture en apnée où le corps doit forcément accepter le rythme ralenti et régulier de la prose de Lovay, lecture physique. Si l’on ne souhaite pas s’enfoncer jusqu’au bout et qu’on n’y laisse que les mollets, il faut illico passer son chemin et trouver un gué littéraire bien plus commode, car ici, dans Chute d’un bourdon comme dans ses précédents romans et recueils, on met la tête sous l’eau, refermant le (...)
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Lech Majewski - Bruegel, le moulin et la croix (2011, avec Rutgen Hauer, Michael York, Charlotte Rampling...)
publié le 27 janvier 2012
Le générique est simple, un parchemin qui fait défiler les noms et annonce dès les premières secondes ce qui va importer tout le film : le rythme, lent et inéluctable, du tour des choses. Le premier tour est donc affiché par ce livre qui égrène les crédits. Puis, l’image apparaît, et le tableau éblouit. Le spectateur est déjà dans Le portement de Croix. Les couleurs sont parfaites, la composition est subtile, les mouvements de caméra rendent le rythme puissant de la terre et du cosmos, un rythme qui (...)
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Edgar Hilsenrath - Nuit (Attila, 2012 - trad. Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb)
publié le 19 janvier 2012
Dans Fuck America, Jakob Bronsky tente d’écrire LE livre du ghetto, intitulé Le Branleur, qui relaterait de l’intérieur cette expérience absolument démente de l’histoire, surtout éminemment personnelle puisque Jakob Bronsky est le double fictionnel de l’auteur, juif allemand né en 1926, Edgar Hilsenrath, qui vécut peu ou prou les affres contées dans Fuck America comme dans Le Branleur. Dans Fuck America, Bronsky raconte la galère dans laquelle il se trouve, à New York dans les années 50, pour écrire (...)
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Ferdydurke / Carnets du sous-sol / Musée du Roman de l’Eternelle
publié le 30 novembre 2011
1. « Ce mardi-là, je m’éveillai au moment sans âme et sans grâce où la nuit s’achève tandis que l’aube n’a pas encore pu naître. Réveillé en sursaut, je voulais filer en taxi à la gare, il me semblais que je devais partir, mais à la dernière minute je compris avec douleur qu’il n’y avait en gare aucun train pour moi, qu’aucune heure n’avait sonné. » L’incipit de Ferdydurke contient déjà tout le geste et le régime que Witold Gombrowicz donne au roman : transformation en suspens et, de fait, kairos avorté. (...)
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Michel Polac et Michel Vianay - Le livre blanc de l’édition française (1970)
publié le 3 novembre 2011
Et quoi ? Cette année le FFC aura lu le Goncourt ET le Renaudot et en aura pensé du bien, même ? Non mais quelle idée. Déjà qu’on avait flairé les Trois femmes puissantes à une époque pas si lointaine, ou qu’on se demandait en quoi on avait failli lire le Goncourt... Alors, dans le mood, le FFC. Faut croire. Mais non, les prix on s’en balance un peu beaucoup, surtout lorsqu’ils font tourner la machine commerciale dans un épisode spectaculaire qui n’est pas sans rappeler l’attente populaire des (...)
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William Gaddis - JR (Plon, 2011 - trad. Marc Cholodenko)
publié le 29 septembre 2011
Y a-t-il de meilleures conditions pour lire JR de William Gaddis qu’un bon petit trajet ferroviaire quotidien d’une heure aller-retour qui vous emmène du dodo au boulot et du boulot au dodo, alternativement, traversant et traversé par : 1/ un fragment de classe (variable à chaque trajet) d’ados tarés et fatigués, au parler vernaculaire, et aux discussions hautement incarnées (émois des sens et scatologie poussive) et pleines d’esprit (la torche de la veille, tel le flambeau olympique brandi de la (...)